{"id":4239,"date":"2020-05-20T06:46:05","date_gmt":"2020-05-20T05:46:05","guid":{"rendered":"http:\/\/jacnux-server\/?page_id=4239"},"modified":"2020-05-20T14:48:27","modified_gmt":"2020-05-20T13:48:27","slug":"les-epoux-arnolfini-de-jan-van-eyck","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/?page_id=4239","title":{"rendered":"Les \u00e9poux Arnolfini de Jan Van Eyck"},"content":{"rendered":"<div>Peintre du retable de <i>L\u2019Agneau mystique<\/i>, <b>Jan Van Eyck <\/b>(1390\u20131441) est l\u2019un des grands ma\u00eetres du XVe si\u00e8cle. Il inaugure l\u2019histoire de la Renaissance flamande, g\u00e9n\u00e9ralement conclue par la mort de <a href=\"https:\/\/www.beauxarts.com\/grand-format\/pieter-bruegel-en-2-minutes\/\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.beauxarts.com\/grand-format\/pieter-bruegel-en-2-minutes\/&amp;source=gmail&amp;ust=1590039343895000&amp;usg=AFQjCNGD1lcFuAE_6300KfORgJYAIsgffw\">Pieter Brueghel l\u2019Ancien <\/a>en 1569. Van Eyck montre dans ses \u0153uvres une ouverture in\u00e9dite \u00e0 l\u2019humanisme, d\u00e9laissant l\u2019all\u00e9gorie et le tableau religieux. Son r\u00e9alisme pointu est mis au service d\u2019une \u00e9tude psychologique objective de ses mod\u00e8les, assez in\u00e9dite pour l\u2019\u00e9poque. Il est \u00e9galement l\u2019un des premiers peintres \u00e0 signer ses \u0153uvres.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>On a dit de lui<\/div>\n<div>\u00ab&nbsp;L\u2019art du spirituel sous la m\u00e9taphore corporelle.&nbsp;\u00bb Erwin Panofsky<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Van Eyck est probablement n\u00e9 dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Li\u00e8ge. Son enfance et les conditions de son apprentissage artistique demeurent inconnues des historiens de l\u2019art. Un myst\u00e8re tout aussi \u00e9pais entoure sa famille. Une chose est certaine, Jan avait deux fr\u00e8res, Hubert et Lambert, peintres comme lui.<\/div>\n<div>Comme ses deux fr\u00e8res, Jan Van Eyck travaillait pour des commanditaires ais\u00e9s et prestigieux, notamment Jean de Bavi\u00e8re, comte de Hollande et de Z\u00e9lande dont la cour se tenait \u00e0 La Haye puis \u00e0 Li\u00e8ge. L\u2019artiste n\u2019est pas uniquement l\u2019un des peintres les plus importants de son entourage, il fait aussi partie de ses courtisans. Malheureusement la plupart des \u0153uvres qu\u2019il r\u00e9alise \u00e0 cette \u00e9poque, vers 1420, ont disparu ou ne sont connues que par des copies anciennes.<\/div>\n<div>En 1424, le peintre rejoint Bruges et entre au service du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Bien pay\u00e9, il doit s\u2019installer \u00e0 Lille et se voit confier des missions particuli\u00e8res, \u00e0 la fois diplomatiques, mais aussi \u00e0 but documentaire, lui permettant d\u2019engranger des d\u00e9tails topographiques pour la r\u00e9alisation de ses \u0153uvres, religieuses ou non.<\/div>\n<div>La peinture de Van Eyck est connue pour son r\u00e9alisme m\u00e9ticuleux confinant \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Il semble avoir pouss\u00e9 plus loin cette caract\u00e9ristique de la peinture flamande du XVe si\u00e8cle. Van Eyck n\u2019\u00e9tait plus un peintre m\u00e9di\u00e9val mais d\u00e9j\u00e0 un humaniste, qui s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 l\u2019homme au c\u0153ur du monde. Pendant la Renaissance, le peintre est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus grands ma\u00eetres europ\u00e9ens, et l\u2019inventeur selon Giorgio Vasari de la peinture \u00e0 l\u2019huile.<\/div>\n<div>Les ann\u00e9es 1430&nbsp;sont domin\u00e9es par la concr\u00e9tisation d\u2019une \u0153uvre magistrale entam\u00e9e par son fr\u00e8re&nbsp;: le retable de<i> L\u2019Agneau mystique<\/i>, \u00e0 Gand. La ville lui passe des commandes, tout comme de riches aristocrates, \u00e0 l\u2019instar du couple Arnolfini. Toujours tr\u00e8s en faveur aupr\u00e8s du duc, mari\u00e9 et p\u00e8re de famille, Van Eyck continue de partager son temps entre peinture et diplomatie. Par exemple, en 1435, il est envoy\u00e9 \u00e0 Arras \u00e0 l\u2019occasion des n\u00e9gociations de paix entre la France, l\u2019Angleterre et la Bourgogne. Le peintre d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Bruges en 1441, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 51&nbsp;ans.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div><b>Les \u00e9poux Arnolfini<\/b><\/div>\n<div><b>&nbsp;<\/b><\/div>\n<div><a href=\"http:\/\/rers-staubindemedoc.fr\/?attachment_id=4241\" rel=\"attachment wp-att-4241\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4241 size-full\" src=\"http:\/\/rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/vandick.png\" width=\"391\" height=\"535\" srcset=\"https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/vandick.png 391w, https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/vandick-219x300.png 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 391px) 100vw, 391px\" \/><\/a><\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Huile sur panneau de ch\u00eane &#8211; 82,2 x 60 cm &#8211; 1434<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Dans une chambre, un jeune couple dont on ne peut pas dire qu\u2019il exprime la joie de vivre. D\u2019ailleurs, sans \u00eatre pudibond, quel dr\u00f4le d\u2019endroit pour se faire portraiturer !<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Lui, Giovanni di Nicola Arnolfini, n\u00e9 dans une riche famille de marchands originaires de Lucques et install\u00e9s \u00e0 Bruges, a une mine de d\u00e9terr\u00e9 ; curieusement il a conserv\u00e9 son grand chapeau ainsi que son manteau doubl\u00e9 de fourrure, si bien que l\u2019on se demande pourquoi il n\u2019a pas pens\u00e9 \u00e0 fermer la fen\u00eatre.&nbsp;<\/div>\n<div>Elle, Giovanna Cenami, avec son air mi\u00e8vre, est une \u00ab&nbsp;fashion victim&nbsp;\u00bb ; en effet, contrairement aux apparences, elle n\u2019attend pas l\u2019un de ces \u00e9v\u00e8nements dit \u00ab&nbsp;heureux&nbsp;\u00bb : simplement, \u00e0 cette \u00e9poque, la mode \u00e9tait aux robes \u00e0 la taille fort haute et aux plis amples.&nbsp;<\/div>\n<div>Voil\u00e0 une \u00e9ventuelle \u00e9nigme rapidement \u00e9cart\u00e9e.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>A n\u2019en pas douter, ils viennent de regagner leur demeure, car on voit une paire de socques que Giovanna semble avoir \u00e0 l\u2019instant abandonn\u00e9e au premier plan, et elle n\u2019a pas encore chauss\u00e9 les sandales rouges que l\u2019on aper\u00e7oit au fond. Peut-\u00eatre viennent-ils de se marier : la richesse de leurs v\u00eatements incite \u00e0 le penser, ainsi le choix de cette pi\u00e8ce trouverait-il une explication.<\/div>\n<div>D\u2018ailleurs Giovanna a un geste curieux : elle pose sa main, la paume grande ouverte vers le haut, comme pour dire sa soumission, c\u2019est-\u00e0-dire sa fid\u00e9lit\u00e9 (voir sa reddition), sur celle de son mari, aux l\u00e8vres pinc\u00e9es et au visage imp\u00e9n\u00e9trable, dont l\u2019autre main esquisse un mouvement que nous ne savons interpr\u00e9ter : d\u2019approbation ou d\u2019accueil.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Et comment aussi interpr\u00e9ter le fait que c\u2019est sa main gauche, et non la droite, qu\u2019il a tendue \u00e0 sa jeune \u00e9pouse \u2026 Mieux vaut ne pas \u00eatre superstitieux. A moins que l\u2019on ne souhaite ainsi nous dire que cette union est morganatique et que les enfants \u00e0 na\u00eetre n\u2019h\u00e9riteront pas de leur p\u00e8re.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Enfin, l\u2019unique chandelle qui br\u00fble sur le lustre de cuivre \u00e9clatant doit \u00eatre celle qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque on apportait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, ou qui pr\u00e9sidait aux c\u00e9l\u00e9brations priv\u00e9es.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Une atmosph\u00e8re pesante qui ne parvient pas m\u00eame \u00e0 animer le petit chien guilleret, symbole de fid\u00e9lit\u00e9.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Tout cela nous incite \u00e0 aller voir ailleurs. En l\u2019occurence dans ce miroir concave &#8211; une sorci\u00e8re &#8211; au riche cadre orn\u00e9 de douze sc\u00e8nes de la Passion, qui figure au milieu du tableau et que surmonte la signature calligraphi\u00e9e de l\u2019artiste, dont le texte, r\u00e9dig\u00e9 en latin, est digne d\u2019un graffiti : \u00ab&nbsp;Jan Van Eyck fut ici. 1434&nbsp;\u00bb.<\/div>\n<div>Un miroir qui ressemble \u00e0 un oeil et s\u2019attribue un droit de regard absolu.<\/div>\n<div>Au Moyen Age, on appelait \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb la somme des connaissances.<\/div>\n<div>Regardons ce miroir et regardons par ce miroir, car il concentre toutes les \u00e9nigmes.<\/div>\n<div>Arnolfini s\u2019adresse \u00e0 une personne qui se trouve dans la position que nous occupons pour observer ce tableau : c\u2019est dans notre direction qu\u2019il concentre son regard, au point d\u2019oublier que derri\u00e8re lui un oeil regarde et juge. Pour savoir \u00e0 qui il parle, approchons-nous de cette sorci\u00e8re : nous d\u00e9couvrons dans son reflet qu\u2019il n\u2019y a pas une personne, comme nous le pensions, mais deux . D\u00e9cidons que l\u2019une est le peintre, puisque, d\u00e9j\u00e0, il a tenu \u00e0 indiquer sa pr\u00e9sence par sa signature, qui prend tout \u00e0 coup une dimension troublante : \u00ab&nbsp;Jan Van Eyck fut ici&nbsp;\u00bb&nbsp;, ce qui est dire qu\u2019il n\u2019y est plus, ou sur le point de ne plus y \u00eatre.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Mais qui est l\u2019autre personnage, qui se tient derri\u00e8re le premier et regarde ? Cela ne devrait pas \u00eatre tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9couvrir puisque la surface convexe du miroir, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une r\u00e9tine sur laquelle vient s\u2019imprimer une image, fait qu\u2019elle se pr\u00e9sente presque aussi grande que les \u00e9poux Arnolfini, que nous voyons \u00e0 pr\u00e9sent de dos. Pourtant, nous ne parvenons toujours pas \u00e0 l\u2019identifier. Nous avons beau remuer la question en tous sens, la r\u00e9ponse ne vient pas. Alors, regarder autour de nous ?<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Cela n\u2019est peut-\u00eatre pas une mauvaise id\u00e9e, mais il n\u2019y a personne \u2026 Non, en effet, il n\u2019y a personne, car cette autre personne que nous cherchons, c\u2019est nous ! Oui c\u2019est nous qui, un pas derri\u00e8re le peintre, nous refl\u00e9tons dans ce miroir. Et alors le geste d\u2019Arnolfini prend un sens : aimablement, mais avec fermet\u00e9, il nous donne cong\u00e9.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Le peintre a achev\u00e9 son travail, et notre pr\u00e9sence ne se justifiait que parce que nous l\u2019accompagnions. Il nous faut donc quitter ces jeunes mari\u00e9s aust\u00e8res et les laisser se soumettre \u00e0 leur destin dans cette chambre nuptiale.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Mais, \u00e0 la r\u00e9flexion, \u00e9tait-ce bien nous qui nous tenions derri\u00e8re le peintre, ou bien \u00e9tait-ce le contraire ? C\u00e9dant \u00e0 la curiosit\u00e9, nous serions-nous gliss\u00e9s devant lui ? D\u2019ailleurs, ayant achev\u00e9 son tableau, il se sera certainement effac\u00e9 afin que nous puissions mieux contempler celle-ci ou la sc\u00e8ne qu\u2019elle repr\u00e9sente ?&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>N\u2019y pensons plus, car si \u00e0 chaque \u00e9nigme r\u00e9solue une autre surgit, nous n\u2019en finirons jamais avec ce maudit miroir. D\u2019ailleurs, en pensant de nouveau \u00e0 l\u2019inscription, il nous vient un doute : \u00ab&nbsp;Jan Van Eyck fut ici \u2026&nbsp;\u00bb Mais nous, s\u2019il n\u2019y est plus, o\u00f9 sommes-nous ? Peut-\u00eatre n\u2019a-t-il jamais exist\u00e9 et est-ce notre image qui s\u2019est d\u00e9doubl\u00e9e : on ne sait jamais, avec ces jeux d\u2019optique. Oui, mieux vaut d\u00e9cider que cela ne change rien : ou tout au moins essayer de nous en convaincre.&nbsp;<\/div>\n<div>Et laissons les Arnolfini sous l\u2019oeil de Dieu, qui est ce miroir, puisque c\u2019est le sort que Van Eyck leur a jet\u00e9 en prenant cong\u00e9 : ils ne sont plus de bons bourgeois de Bruges, mais les arch\u00e9types de l\u2019homme et de la femme, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019Adam et Eve.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peintre du retable de L\u2019Agneau mystique, Jan Van Eyck (1390\u20131441) est l\u2019un des grands ma\u00eetres du XVe si\u00e8cle. Il inaugure l\u2019histoire de la Renaissance flamande, g\u00e9n\u00e9ralement conclue par la mort de Pieter Brueghel l\u2019Ancien en 1569. 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