{"id":4259,"date":"2020-05-20T07:17:15","date_gmt":"2020-05-20T06:17:15","guid":{"rendered":"http:\/\/jacnux-server\/?page_id=4259"},"modified":"2020-05-20T13:28:11","modified_gmt":"2020-05-20T12:28:11","slug":"14-etude-pour-une-figure-de-francis-bacon","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/?page_id=4259","title":{"rendered":"Etude pour une Figure de Francis Bacon"},"content":{"rendered":"<div><b>Francis Bacon<\/b> &#8211; N\u00e9 le 28&nbsp;octobre 1909&nbsp;\u00e0 Dublin (Irlande), Francis Bacon est un peintre britannique autodidacte, se d\u00e9clarant lui-m\u00eame hors tradition, mais n\u00e9anmoins fortement inspir\u00e9 par l&rsquo;expressionnisme.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>En 1925, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert son homosexualit\u00e9, Bacon quitte ses parents et s&rsquo;installe \u00e0 Londres. Il s&rsquo;\u00e9merveille de l&rsquo;oeuvre de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.linternaute.fr\/biographie\/art\/1775068-pablo-picasso-biographie-courte-dates-citations\/\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.linternaute.fr\/biographie\/art\/1775068-pablo-picasso-biographie-courte-dates-citations\/&amp;source=gmail&amp;ust=1590039629263000&amp;usg=AFQjCNEhp8QncRrCHhOZFJ1-HpOw2iJmtw\">Picasso<\/a> lors d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Paris et r\u00e9alise ses premi\u00e8res toiles d\u00e8s 1929, parall\u00e8lement \u00e0 son m\u00e9tier de d\u00e9corateur d&rsquo;int\u00e9rieur. De ses oeuvres d&rsquo;avant-guerre, il ne reste qu&rsquo;une dizaine de toiles puisqu&rsquo;il d\u00e9truit quasiment tout en 1944. Francis Bacon rencontre finalement le succ\u00e8s \u00e0 partir de 1945.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Son \u0153uvre est compos\u00e9e principalement de triptyques, o\u00f9 les personnages sont repr\u00e9sent\u00e9s dans leur isolement, d\u00e9form\u00e9s ou tortur\u00e9s, lui valant parfois le qualificatif d&rsquo;existentialiste.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>En 1945, son talent \u00e9clate \u00e0 travers le triptyque \u00ab\u00a0Trois \u00e9tudes de figures au pied d&rsquo;une crucifixion\u00a0\u00bb, lors d&rsquo;une exposition londonienne. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs \u00e0 Londres que Francis Bacon \u00e9tablit son atelier d\u00e9finitif en 1961. Son triptyque \u00ab\u00a0Trois \u00e9tudes de Lucian Freud\u00a0\u00bb, repr\u00e9sentant le petit-fils de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.linternaute.fr\/science\/biographie\/1777980-sigmund-freud-biographie-courte-dates-citations\/\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.linternaute.fr\/science\/biographie\/1777980-sigmund-freud-biographie-courte-dates-citations\/&amp;source=gmail&amp;ust=1590039629264000&amp;usg=AFQjCNGKPbUd1cjA7zANgZic_Od7c70xhw\">Sigmund Freud<\/a> &#8211; son ami,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.linternaute.fr\/biographie\/art\/1775962-lucian-freud-biographie-courte-dates-citations\/\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.linternaute.fr\/biographie\/art\/1775962-lucian-freud-biographie-courte-dates-citations\/&amp;source=gmail&amp;ust=1590039629264000&amp;usg=AFQjCNG8yOk1_GnRGKqHtqh2en3mLXQjpg\">Lucian Freud<\/a> &#8211; est vendu aux ench\u00e8res chez Christie&rsquo;s en 2013, au prix record de 142,4 millions de dollars (105,9 millions d&rsquo;euros). C&rsquo;est une des ench\u00e8res les plus \u00e9lev\u00e9es au monde pour une \u0153uvre d&rsquo;art.&nbsp;En 2014, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0Portrait de George Dyer Talking\u00a0\u00bb (son amant) qui est vendu pour environ 70 millions de dollars.<\/div>\n<div>Francis Bacon consacre l&rsquo;essentiel de son oeuvre \u00e0 une interpr\u00e9tation tr\u00e8s personnelle des corps et des visages, comme dans ses autoportraits, portraits de ses compagnons, etc. Ses oeuvres ont pour point commun un travail original sur la couleur et ses variations. Ses nombreux autoportraits (selfportraits) pr\u00e9sentent le visage du peintre de fa\u00e7on d\u00e9form\u00e9e, tortur\u00e9e, en perp\u00e9tuel mouvement, avec toujours de&nbsp;grands aplats de couleurs sombres.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Souffrant d&rsquo;asthme depuis l&rsquo;enfance, Francis Bacon succombe \u00e0 une pneumonie lors d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Madrid au printemps 1992.&nbsp;Il meurt le 28&nbsp;avril 1992 en Espagne \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 82 ans.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div><b>Etude pour une Figure<\/b><\/div>\n<div><b>&nbsp;<\/b><\/div>\n<div><a href=\"http:\/\/rers-staubindemedoc.fr\/?attachment_id=4255\" rel=\"attachment wp-att-4255\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4255 size-full\" src=\"http:\/\/rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/bacon.png\" width=\"405\" height=\"482\" srcset=\"https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/bacon.png 405w, https:\/\/www.rers-staubindemedoc.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/bacon-252x300.png 252w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><\/a><\/div>\n<div><b>&nbsp;<\/b><\/div>\n<div>Huile sur toile, 123 x 105,5 cm &#8211; 1945 &#8211;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>La peinture est muette, et pourtant elle nous parle, et souvent nous interroge. La question peut porter sur ce qu\u2019est la r\u00e9alit\u00e9, une image, c\u2019est-\u00e0-dire sur ce que nous sommes devant la r\u00e9alit\u00e9 et devant cette image. Les peintures sont des constructions, qui nous invitent \u00e0 les d\u00e9visager pour comprendre ce qu\u2019elles cachent et ce qu\u2019elles montrent. Mais, souvent, cacher, c\u2019est montrer, d\u2019une autre mani\u00e8re, voire en insistant : attirer l\u2019attention par une absence. En regardant une toile de Francis Bacon, nous sommes pris de vertige, non pas seulement \u00e0 cause de la dynamique qui l\u2019anime, mais par ce qu\u2019elle \u00e9branle en nous de fr\u00eales certitudes, de secrets sur lesquels nous ne voulons pas revenir. Son oeuvre, une fois entr\u00e9e dans notre vie, n\u2019en sortira plus ; comme si nous vivions sous une menace, alors que, en r\u00e9alit\u00e9, elle est pleine de douceur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, une main tendue pour ne pas tomber. Ce que nous voyons le plus souvent chez Bacon ? Des silhouettes dilu\u00e9es, presque effac\u00e9es par le pinceau qui les a fait na\u00eetre, un d\u00e9s\u00e9quilibre irr\u00e9m\u00e9diable organis\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie rituelle.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Cette peinture \u00e9chappe au jugement par sa singularit\u00e9 : une repr\u00e9sentation en temps d\u2019abstraction, une pudeur en une \u00e9poque d\u2019exhibitionnisme. Et aussi par le refus d\u2019imposer une le\u00e7on, de nous faire la morale ; \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un \u00eatre aim\u00e9 et aimant, qui ne peut rien d\u2019autre qu\u2019\u00eatre l\u00e0.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Esth\u00e9tique du d\u00e9sastre ?<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Assur\u00e9ment, mais d\u2019un d\u00e9sastre d\u2019une nature comparable \u00e0 celui que trainent avec eux les personnages de Beckett en parlant pour ne rien dire, seulement pour parler encore, afin de dire qu\u2019ils ne sont pas tout \u00e0 fait morts.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Ce que nous voyons ici est un portrait. D\u2019une absence ? D\u2019un personnage qui vient de quitter la pi\u00e8ce, laissant manteau et chapeau sur une chaise ? Donc, si un homme a pos\u00e9 manteau et chapeau sur cette chaise, c\u2019est qu\u2019il est vivant, ou l\u2019\u00e9tait, un instant plus t\u00f4t.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Souvent, nous le voyons au fil de ces pages, nous croyons observer un personnage ou une action dans un tableau, mais en y regardant de plus pr\u00e8s, nous constatons que c\u2019est l\u2019instant d\u2019avant, ou d\u2019apr\u00e8s, qui nous est montr\u00e9, et qu\u2019un processus inconscient nous a fait \u00ab&nbsp;rectifier&nbsp;\u00bb ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 au point que nous sommes sinc\u00e8rement convaincus d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne elle-m\u00eame.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Ici, pas de faux-semblant, rien \u00e0 quoi nous raccrocher : manteau et chapeau ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s sur la chaise, et l\u2019homme est sorti de sc\u00e8ne sans dire un mot. Sans un message, car c\u2019est \u00e0 nous qu\u2019il appartient de prononcer ce message, car c\u2019est \u00e0 nous qu\u2019il appartient de prononcer ce message, pour autant que ce soit n\u00e9cessaire, car, en r\u00e9alit\u00e9, il aura tout au plus la forme d\u2019un exorcisme.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Force nous est de le constater, faute de l\u2019admettre ais\u00e9ment , ce qui reste ici, c\u2019est un tableau, et rien d\u2019autre. Pourtant cet homme absent, nous le sentons pr\u00eat \u00e0 bondir sur nous, pr\u00eat \u00e0 rentrer dans ce tableau \u00e0 peine d\u00e9sert\u00e9 et \u00e0 l\u2019envahir de sa pr\u00e9sence. Certes, un sentiment de menace, mais qui ne p\u00e8se pas sur nous en particulier ; plut\u00f4t une menace qu\u2019il se fait subir \u00e0 lui-meme. Un autre myst\u00e8re de ce tableau, qui ne montre rien, ou presque, c\u2019est que dans son espace si clos nous sentons la pr\u00e9sence du monde en son entier, comme si Bacon \u00e9tait parvenu, on ne sait comment, \u00e0 le concentrer tout en le rejetant dans un ailleurs que nous ne saurions d\u00e9finir, et dont nous ne serions pas m\u00eame capables de tracer vaguement les contours.&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ces fronti\u00e8res ne d\u00e9limitent probablement pas un \u00ab&nbsp;dedans&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;dehors&nbsp;\u00bb, car nous, pauvres spectateurs, sommes \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la toile, au premier chef concern\u00e9s et r\u00e9duits \u00e0 l\u2019attente. C\u2019est alors que nous revient en m\u00e9moire un sentiment \u00e9trange d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 devant des portraits de Bacon : celui de nous voir nous-m\u00eame repr\u00e9sent\u00e9 dans la physionomie d\u2019un autre, image brouill\u00e9e et fantomatique, comme celle que nous avons de nous-m\u00eame ; Bacon nous met en pr\u00e9sence de ce nous-m\u00eame r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de forme mouvante par le moyen d\u2019une image d\u2019un autre, sans identit\u00e9 pour nous. Et il le fait sans inutile insistance, car il s\u2019agit d\u2019une \u00e9vidence. L\u2019image qu\u2019il nous montre est sa propre image, ces coups de pinceau sont les siens, ces vastes surfaces monochromes sont les siennes, mais comme pour prouver que cela ne change rien, pour nous, quand bien m\u00eame dans l\u2019\u00e9clat des couleurs et le mouvement contorsionn\u00e9 des formes nous serions tent\u00e9s de retrouver celles d\u2019un art classique, d\u2019un baroque omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Le\u00e7on de peinture : la forme baroque comme expression de la disparition, de l\u2019\u00e9vanouissement, de l\u2019extase, d\u00e8s qu\u2019elle est trac\u00e9e sur la toile ou sculpt\u00e9e dans le marbre. La chair n\u2019est qu\u2019un morceau de viande humaine ; le sang, quelque chose d\u2019un peu gluant qui sort d\u2019un tube de peinture. Ce que Michel Leiris, proche ami de Bacon, r\u00e9sume ainsi : \u00ab&nbsp;Pas d\u2019individu qui ne soit une parcelle transitoire de l\u2019univers biologique en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 lui seul tout un monde. Pas de pr\u00e9sence charnelle qui n\u2019apparaisse comme d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9e par la future absence.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>L\u2019\u00e9nigme de ce portrait d\u2019un absent ainsi se d\u00e9voile : l\u2019absence est une forme de la pr\u00e9sence, projet\u00e9e vers l\u2019in\u00e9luctable d\u00e8s le premier instant. L\u2019homme a abandonn\u00e9 sur cette chaise les v\u00eatements qui cachaient le d\u00e9risoire secret de son absence.&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Francis Bacon &#8211; N\u00e9 le 28&nbsp;octobre 1909&nbsp;\u00e0 Dublin (Irlande), Francis Bacon est un peintre britannique autodidacte, se d\u00e9clarant lui-m\u00eame hors tradition, mais n\u00e9anmoins fortement inspir\u00e9 par l&rsquo;expressionnisme.&nbsp; &nbsp; En 1925, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert son homosexualit\u00e9, Bacon quitte ses parents et s&rsquo;installe \u00e0 Londres. 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